jeudi 11 février 2010

Khalil Gibran














Si tu ouvre grand les yeux et que tu regardes,
tu verras ton image dans toutes les images.
Et si tu tends bien l'oreille et que tu écoutes,
tu entendras ta propre voix dans toutes les voix.
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Le souvenir est une forme de rencontre
L'oubli est une forme de liberté
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Hier encore,je m'imaginais tel un fragment frémissant sans rythme
dans la sphère de la vie.
Aujourd'hui,je sais que je suis la sphère et que la vie entière s'y meut
en fragments rythmés.


(Le Sable et l'Ecume)





Et,dit une femme tenant un enfant dans ses bras:Parle-nous des Enfants
Et il dit:

Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de la Vie en nostalgie d'elle-même.
Ils viennent par vous mais non de vous.
Et même s'ils sont avec vous,ils ne vous appartiennent pas.

A vous de leur offrir votre amour,non vos idées,
Car ils ont,eux leurs propres idées.
Il vous revient de donner refuge à leur corps,non à leurs âmes.
Car leurs âmes habitent le séjour de l'avenir que vous ne sauriez visiter même en rêve.
A vous de faire l'effort de leur ressembler,mais n'essayez pas de les rendre semblables à vous.
Car la vie ne revient pas en arrière.
Et ne s'attarde pas avec l'hier.

Vous êtes les arcs par quoi vos enfants sont projetés comme flèches vivantes.
L'Archer voit le but à l'infini et il vous ploie de toute sa force que ses flèches aillent vite et loin.
Que votre ploiement sous sa main soit motif de joie;
Car,de même qu'Il aime le flèche qui s'élance,ainsi aime-t-il l'arc en sa main assuré.

(Le Prophète)


Alors un des juges de la cité s'avança et dit,
Parle-nous du Crime et du châtiment.
Et il répondit,disant:
C'est lorsque votre esprit va errant sur le vent,
Que vous,seul et inattentif,commettez une faute envers les autres et donc envers vous-même.
Et pour cette faute commise,vous devrez frapper à la porte des élus et rester un moment ingnoré.


Pareil à l'océan est votre Moi divin;
Il reste à jamais pur et sans tache.
Et pareil à l'éther,il ne soulève que les ailés.
De même, pareil au soleil est votre Moi divin;
Il ne connaît pas les chemins de la taupe ni ne cherche les trous du serpent.
Mais votre Moi divin n'habite pas seul votre être.
Une grande part de vous est encore homme,et une grande part de vous n'est pas encore homme,
Mais un pygmée informe qui marche endormi dans la brume,en quête de son propre réveil.
Et de l'homme qui est en vous je voudrais parler maitenant.
Car c'est lui,et non votre Moi divin ni le pygmée dans la brume qui connaît le crime et le châtiment du crime.


Je vous ai souvent entendu parler de celui qui a commis une faute comme s'il n'était pas l'un d' entre vous,mais un étranger parmi vous et un intrus dans votre monde.
Mais je dis,de même que le saint et le juste ne peuvent s'élever au-delà de ce qu'il y a de plus haut en chacun de vous,
De même le méchant et le faible ne peuvent tomber plus bas que ce qu'il y a aussi de plus bas en vous,
Et comme une feuille unique ne peut virer au jaune sans que l'arbre entier n'en ait connaissance,
Ainsi le malfaiteur ne peut accomplir son méfait sans le secret accord de vous tous.
Comme une procession,vous avancez ensemble vers votre Moi divin.
Vous êtes le chemin et ceux qui cheminent.
Et quand l'un de vous tombe,il tombe pour ceux qui sont derrière lui,il les avertit qu'une pierre peut les faire trébucher.
Et il tombe ,hélas,pour ceux qui sont devant lui et qui, bien qu'ayant le pied plus rapide et plus sûr, n'ont pas écarté l'obstacle de pierre.


Et ceci aussi,dussent ces paroles peser lourdement sur vos coeurs:
La victime d'un meutre n'est pas sans responsabilité dans son propre meurtre,
Et la victime d'un vol n'est pas sans reproche dans ce vol,
Le juste n'est pas innocent des actes du malfaiteur,
Et celui qui à les mains blanches n'est pas innocent des actes du félon.
Oui,le coupable est souvent la victime de l'offensé.
Et plus souvent encore le condamné porte le fardeau pour l'innocent et l'irréprochable.
Vous ne pouvez pas séparer le juste de l'injuste et le bon du méchant;
Car ils se tiennent ensemble face au soleil,tout comme le fil noir et le fil blanc sont tissés ensemble.
Et si le fil noir se rompt, le tisserand examinera tout le tissu,et il examinera aussi sont métier.


Si l'un de vous passe en jugement l'épouse infidèle,
Qu'il pèse aussi sur la balance le coeur de son mari,et qu'il mesure son âme avec de justes mesures.
Et que celui qui veut flageller l'offenseur regarde dans l'esprit de l'offensé.
Et si l'un de vous veut châtier au nom de la vertu et planter sa hache dans l'arbre du mal,qu'il regarde donc ses racines;

En vérité il trouvera les racines du bon et du mauvais,de l'arbre couvert de fruits comme de l'arbre sans fruits,toutes entrelacées les unes avec les autres dans le coeur silencieux de la terre.
Et vous juges qui voulez être justes,
Quel jugement prononcerez-vous contre celui qui est honnête dans sa chair alors qu'il est brigand en esprit
Quelle peine infligerez-vous à celui qui tue dans la chair alors qu'il à été lui-même tué en esprit?
Et quelles poursuites engagerez-vous contre celui qui se conduit en filou et en oppresseur,
Alors qu'il a été lui même blessé et offensé?


Et comment punirez-vous ceux dont le remords est déjà plus grand que leurs méfaits?
Le remords, n'est-ce pas justice rendue par cette loi même que vous désirez servir?
Mais vous ne pouvez ni imposer le remords à l'innocent ni l'abolir du coeur du coupable.
Sans y avoirt été invité,il viendra dans la nuit pour que les hommes se réveillent et se contemplent
Et vous qui voulez rendre la justice, comment le pourrez-vous à moins d'examiner chaque action en pleine lumière?

Alors seulement vous comprendrez que celui qui est debout et celui qui est tombé ne sont qu'un seul homme qui se tient dans la pénombre entre le jour de son moi pygmée et la nuit de son Moi divin,
Et que la pierre angulaire du temple n'est pas supérieure à la pierre la plus basse de ses fondations.


(Le Prophète)




Et l'un des anciens de la cité dit,Parle nous du Bien et du Mal.
Et il répondit:
Du bien qui est en vous, je peux parler, mais non du mal.
Car qu'est-ce que le mal, sinon le bien toturé par sa propre faim et sa propre soif?
En vérité, quand le bien est affamé,il cherche sa nourriture même dans de noirs souterrains,et quand il a soif,il boit même les eaux mortes.

Vous êtes bons si vous ne faites qu'un avec vous-mêmes.
Cependant,si vous ne faites pas qu'un avec vous-mêmes, vous n'êtes pas mauvais.
Car une maison divisée n'est pas un antre de brigands;ce n'est qu'une maison divisée.
Et un bateau sans gouvernail peut errer sans but au milieu d'îles périlleuses et cependant ne pas sombrer par le fond.

Vous êtes bons si vous vous efforcez de donner de vous-mêmes.
Cependant vous n'êtes pas mauvais si vous cherchez un profit pour vous-mêmes.
Car quand vous vous efforcez de tirer un profit,vous n'êtes rien d'autre qu'une racine qui s'accroche à la terre et suce son sein.
Il est certain que le fruit ne peut pas dire à la racine,"Sois comme moi,mûr et plein,et donnant toujours avec abondance".
Car pour le fruit,donner est un besoin, comme recevoir est un besoin pour la racine.

Vous êtes bons si vous discourez pleinement éveillés.
Cependant vous n'êtes pas mauvais si vous dormez alors que votre langue s'agite sans but.
Et même un discours chancelant peut tonifier une langue sans forces.

Vous êtes bons si vous marchez fermement et d'un pas hardi vers votre but.
Cependant vous n'êtes pas mauvais si vous y allez en boitant.
Même ceux qui boitent ne reculent pas.
Mais vous qui êtes vifs et forts,veillez à ne pas boiter devant les infirmes, prenant
cela pour de la gentillesse.

Vous êtes bons par d'innombrable chemins,et vous n'êtes pas mauvais quand vous n'êtes pas bons,
Vous êtes seulement traînards et paresseux.
Dommage que les cerfs ne puissent enseigner la vitesse aux tortues.

Votre bonté repose dans votre désir d'un moi géant:et ce désir et en vous tous.
Mais chez quelques-uns d'entre vous, ce désir est un torrent qui ce précipite violemment vers la mer,emportant les secrets des collines et les chant de la forêt.
Et chez d'autres c'est un ruissseau étale qui se perd en angles et en courbes et traîne avant d'atteindre la rivage.
Mais que celui qui désire beaucoup ne dise pas à celui qui désire peu,"Pourquoi es-tu lent et hésitant?"
Car celui qui est vraiment bon ne demande pas à celui qui est nu "Oû est ton vêtement?",
ni au sans-logis"Qu'est-il arrivé à ton logis?"

(Le Prophète)