vendredi 12 février 2010

La BHAGAVADGITA















-(...)Jamais ni moi,ni toi,ni les rois que voici,nous n'avons cessé d'être.
Et nous tous,nous ne cesserons pas davantage d'exister plus tard.
Tout comme,dans un même corps,on se voit passer de l'enfance à la jeunesse,puis à la vieillesse,ainsi se voit on passer d'un corps à un autre.

(...)Il n'y a pas d'existence du non-être;
L'être ne cesse pas.
Les penseurs ont l'intuition de la limite entre les deux.

Or indestructible est cette trame qui sous-tend l'univers;sache-le.

Impérissable,nul n'a pouvoir de la détruire.
Les corps ont une fin.Mais le principe qui les habite est permanent,indestructible et sans limites.
Alors,combats!
Penser de l'un qu'il tue,de l'autre qu'il est tué,c'est se tromper dans les deux cas:il n'y a ni tueur ni tué.

Le principe ne naît ni ne meurt jamais;
Il n'a pas été dans le passé ni ne sera dans le futur;
Il est non né,éternel et permanent.
Intemporel,il ne meurt pas quand le corps vient à mourir.
L'homme qui le sait indestructible et éternel,sans origine ni fin ,comment peut-il faire tuer ou tuer lui-même?

Ses vêtements usés,l'homme les abandonne pour en revêtir d'autres,tout neufs.
De la même façon, le principe abandonne ses corps,une fois usés,avant d'en reprendre d'autres,tout neufs.

Les armes ne le tranchent pas,
Le feu ne le consume pas,
Les eaux ne l'inondent ni ne l'assèchent les vents.
Ni transpercé ni consumé ni inondé ni asséché, ainsi est-il:permanent,omniprésent,fixe,inébranlable,
Il est éternel.

Il ne peut ni se manifester,ni se concevoir,ni même se modifier.
Maintenant que tu le sais,tu n'as pas le droit de t'apitoyer.
Quand bien même penserais-tu qu'il naît ou meurt sans cesse,toi qui es un guerrier,tu ne devrais pas t'apitoyer ainsi.

C'est une certitude:qui est né doit mourir,et pour mourir il a fallu naître.
Voià pourquoi,face à l'inévitable,tu n'as pas le droit de t'affliger.
Les êtres ignorent l'origine de leur existence,en connaissent le cours,en ignorent de nouveau le terme:à quoi bon ces lamentations?






-Je sous-tends l'univers,mais ma forme reste invisible.
Tous les êtres sont en moi,et moi,je ne suis pas en eux.

Ou plutôt non,ils ne sont pas en moi car-admire ici ma puissance divine-je les porte sans être en eux.
Et c'est mon être qui les fait exister.

Comme un grand vent souffle en tous lieux dans les limites de l'espace,ainsi vont les êtres,tous et partout,en moi.

Tous les êtres ,à la fin d'un grand cycle,se résorbent en ma nature.
Au début du suivant,je les remets au monde.
Puisant dans ma nature propre,je mets au monde, encore et encore,des myriades d'êtres venus sans le vouloir,par la seule impulsion de la nature.

A ces actions, je ne me sent pas lié
car j'y assiste comme un spectateur indifférent.

La nature engendre le vivant et l'inanimé:j'y veille.
C'est ainsi que tourne la roue du monde.

Je connais les êtres passés,présents et à venir.
Mais moi personne ne me connaît.










La "BHAGAVADGITA",ou"Chant du Bienheureux".
Ce poème mystique et philosophique,rédigé en sanscrit aux alentours du IIIe siècle avant J-C,fut élevé au rang de texte sacré par les Hindous,avant d'exercer une véritable fascination sur les lecteurs occidentaux.

Episode le plus célebre de la monumentale épopée du MAHABHARATA,il rapporte l'enseignement délivré par le dieu Krishna au guerrier Arjuna.Sur le point de prendre part à la guerre qui va l'opposer à ses propres cousins,celui-ci ne sait que faire:doit-il être fidèle à son devoir de guerrier et tuer les membres de sa famille?
Doit-il renoncer à combattre au prix de son honneur militaire?

En réponse à ce dilemme,Krishna lui enseigne la doctrine de l'ascèse dans l'action.
La portée de cet appel au détachement et à la méditation,nourri des hymnes sacrés de l'Inde ancienne, ne s'est jamais démentie.

Gandhi,qui au XXe siècle s'est fondé sur ce texte pour mener son combat non violent
contre toutes les formes d'injustices,affirmait à son sujet:"La Gità n'est pas seulement ma Bible et mon Coran,elle est plus encore:elle est ma mère."