vendredi 23 juillet 2010

Lao-tseu (Tao-tê-king)


Qui triomphe des autres est robuste
Qui triomphe de soi est puissant




Abandonne l'étude et par là le souci
En quoi diffèrent oui et non?
En quoi diffèrent bien et mal?
Ce qui effraye autrui,dois-je m'en effrayer?
Quelle insondable absurdité!
Chacun s'échauffe et se dilate
Comme s'il festoyait au Sacrifice du Boeuf
Ou qu'il montât sur les Tours du Printemps
Moi seul demeure en paix,impertubable
Comme un petit enfant qui n'a pas encore ri
Détaché comme un sans-logis
Chacun amasse et thésaurise
Moi seul je parais démuni
Quel innocent je fais!
Quel idiot je suis!
Chacun paraît malin malin
Moi seul me tais me tais
Fluctuant comme la mer
Je vais et viens sans cesse
A chacun quelque affaire
Moi seul je m'en abstiens
Incivil et têtu
Pourquoi si singulier?
Je sais téter ma Mère.




Toutes choses sous le ciel naissent de ce qui est
Ce qui est de ce qui n'est pas.





Un quelque chose était,non défini mais accompli
Né avant Ciel-et-Terre
Sans parole comme sans borne
Indépendant inaltérable
Se jouant partout sans fatigue
En somme la Mère du monde
Ne sachant pas son nom je le dénomme Voie
Faute de mieux je le dis grand
Grandeur signifie étendue
Etendue,qu'on atteint au loin
Atteindre au loin faire Retour.


Or donc
La Voie est grande
Le Ciel est grand
La Terre est grande
Et l'Homme est grand
C'est pourquoi l'Homme est l'un des quatre
Grands du monde
L'Homme suit les voies de la Terre
La Terre suit les voies du Ciel
Le Ciel suit les voies de la Voie
Et la Voie suit ses propres voies.







Connais en toi le masculin
Adhère au féminin
Fais-toi Ravin du monde
Être Ravin du monde
C'est faire corps avec la Vertu immuable
C'est retourner à la petite enfance.

Connais en toi le blanc
Adhère au noir
Fais-toi Norme du monde
Être Norme du monde
C'est cheminer avec la Vertu immuable.
C'est retourner au Sans-limites.

Connais la gloire
Adhère à la disgrâce
Fais-toi Vallée du monde
Être Vallée du monde
C'est avoir à pleins bords la Vertu immuable
C'est retourner au Simple.



-Atteins Suprême vacuité
Et maintiens-toi en Quiétude
Face à l'agitation fourmillante des choses
Je contemplerai leur Retour
Car toute chose après avoir fleuri
Retourne à sa racine
Retour à la racine a nom Quiétude
A nom Retour à Destinée
Retour à Destinée a nom Constant
Connaître le Constant,Illumination
Ne pas connaître le Constant
C'est courir aveugle au malheur
Qui connaît le Constant
Embrasse et saisit tout
Quiconque embrasse et saisit tout,il sera juste
Etant juste,sera royal
Etant royal,sera céleste
Etant céleste,fera un avec la Voie
Et faisant un avec la Voie persistera
Toute sa vie durant il échappe au péril.





-Tu ne peux l'approcher
Non plus que t'en distraire
Lui porter bénéfice
Non plus que préjudice
Lui conférer honneur
Non plus que déshonneur


Rien dans tout l'univers ne la passe en noblesse.









-Peux-tu faire à ton âme embrasser l'Un

Dans une union indissoluble?

Peux-tu,en concentrant ton souffle,devenir

Aussi souple qu'un nouveau-né?

Peux-tu purifier ta vision interne

Jusqu'a la rendre immaculée?

Peux-tu chérir le peuple et gouverner l'Etat

Sans user de subtilité?

Peux-tu ouvrir et clore les battants du Ciel

En jouant le rôle du féminin?

Peux-tu tout voir et tout connaître

En cultivant le non-agir?









-Le Grand Exécuteur est toujours la pour tuer

Est-ce bien ton affaire de tuer à sa place?

Ce serait comme tailler du bois à la place du gand charpentier

Mais à tailler du bois à la place du grand charpentier

Bien malin qui ne se fait mal.








-Voir la connaissance comme la non-connaissance voilà le bien

Voir la non-connaissance comme la connaissance voilà le mal

L'on est guéri d'un mal que l'on tient pour un mal

Le Sage ne va pas mal c'est son mal qui va mal

Quant à lui-même il va fort bien.






-Apprendre c'est de jour en jour s'accroître

Suivre la Voie de jour en jour décroitre

Décroître encore décroître

Jusqu'au non-faire

Par le non-faire rien qui ne se puisse faire

Tout abdiquer c'est gagner l'univers

Viser à une fin

C'est être impropre à gagner l'univers.





-La Grande Voie se répand comme un flot

Qui peut lui dire à droite à gauche?

Chacun dépend d'Elle pour vivre

Elle ne se détourne d'aucun

Elle s'acquitte de sa tâche

Mais nullement ne s'en prévaut

Elle vêt et nourrit tout être

Mais sans l'asservir,étant humble

Tout fait retour en son giron

Sans s'asservir car Elle est grande

C'est dans l'oubli de sa grandeur

Que sa grandeur se parachève.






La voie qui peut s'énoncer
N'est pas la voie pour toujours
Le nom qui peut la nommer
N'est pas le Nom pour toujours
Elle n'a pas de nom:Ciel-et-terre en procède
Elle a un nom:Mère-de-toute-choses
Deux noms issus de l'Un
Ce deux-un est mystère
Mystère des mystères
Porte de toute merveille

La voie est comme un bol vide que nul usage ne comble
Un sans-fond dont toute chose a tiré son origine
Elle émousse tout tranchant
Elle démêle tout noeud
Elle fond toute lumières
Elle fait un de toutes poussières
Cachée dans les profondeurs
Elle semble être à jamais
Enfant de qui,je ne sais
L'aïeule du Souverain

A ciel-et-terre point d'affections
Tout lui est chien-de-paille
Au Sage non plus point d'affections
Le peuple lui est chien-de-paille
Ciel-et-terre est comme un soufflet
Vide et pourtant inépuisable
Plus il s'active plus il évente
On a beau en parler nul ne peut le sonder
Mieux vaut rester au centre

Ce n'est pas ton oeil qui pourrait le voir
Son nom est Sans-forme
Ce n'est pas ton ouïe qui pourrait l'entendre
Son nom est Sans-Bruit
Ce n'est pas ta main qui pourrait le prendre
Son nom est Sans-Corps
Triple qualité insondable
Et qui se fond dans l'unité
Sa portion supérieure n'est point illuminée
Sa portion inférieure n'est point obscure
Il se meut sans cesse,innommé
Jusqu'à ce qu'il ait fait retour
Dans le royaume de Sans-Choses
Forme informe,image sans corps
Evanescente illusion
En l'accueillant tu ne vois pas sa tête
En le suivant tu ne vois pas sa queue
Prend les rênes de la Voie antique
Et tu tiendras en main les contingences présentes
Savoir ce qui fut au principe
Est le point nodal de la Voie.