jeudi 12 août 2010



NOTE SUR LA CONSCIENCE



Pour assayer d'avoir une idée claire de ce qu'entend Maharaj par le mot "conscience", il convient de bien garder à l'esprit, dès le départ, le fait fondamental qu'en l'absence de la conscience, il ne saurait y avoir aucune sorte d'existence, et que la conscience elle-même est simplement la pensée "Je suis". Par conséquent, tout ce qui apparaît dans la conscience - sous la forme d'une chose, d'un objet, d'un événement ou d'un sentiment - ne peut également qu'être de la nature de la pensée, c'est-à-dire dépourvu de toute existence en propre. Ceci signifie donc que l'homme lui-même, qui n'est qu'une apparition dans la conscience d'autrui, ne peut avoir aucune substance en tant que telle. Maharaj situe bien la chose en disant que l'univers manifesté tout entier est"comme l'enfant d'une femme stérile" - une illusion. Toute investigation ultérieure doit donc être considérée dans cette perspective.



Dans le sommeil profond, quand la conscience est au repos et que l'esprit est parfaitement immobile, il n'est nullement question de l'existence de l'individu concerné, pas plus que celle des autres individus et objets constituants le "monde". Dans le sommeil profond, on n' éprouve rien, ni souffrance ni plaisir, car une expérience quelle qu'elle soit ne saurait être rien d'autre qu'un mouvement dans la conscience. Nos malheurs n'apparaissent que lorsque le sommeil profond prend fin et que la conscience se met en mouvement pour entrer soit dans un rêve, soit dans l'état de veille. C'est de ce point de vue que Maharaj dit de la conscience qu'elle est la "coupable": l'homme ne connaît d'expérience que lorsque le sentiment de présence consciente est là.







ÊTRE , CONSCIENCE, ET "INDIVIDU"



"Conscience Pure" ou"Être", est le nom donné à cet état de perfection absolue où la conscience se trouve au repos total et n'a pas connaissance de son propre être.(Les termes employés pour donner une idée de cela, quels qu'ils soient ne peuvent constituer qu'un concept car dans cet état, cela ne peut se parcevoir)
La conscience ne devient consciente d'elle-même que lorsqu'elle commence à se mettre en mouvement et qu'apparaît le pensée Je suis. Pourquoi la conscience se met-elle en mouvement ?
Pour aucune raison apparente, sinon qu'il est dans sa nature d'en faire ainsi - telle des vagues sur un plan d'eau ; la "cause sans cause", dit Maharaj. Simultanément, avec la pensée primordiale Je suis, en une fraction de seconde jaillit tout l'univers manifesté. Lorsque la conscience, qui au repos est impersonnelle, se manifeste en s'objectivant sous la forme de phénomènes, elle s'identifie à chaque objet doué de perception et ainsi apparaît le concept d'un individu personnel "je", pouvant être séparé du reste, qui considère tout les autres phénomènes comme ses objets; chaque être doué de perception devient ainsi sujet vis-à-vis de tous les autres objets, bien qu'en réalité tous, le soi-disant sujet comme ses objets, soient des objets apparaissant dans la conscience.
Ce qui constitue "l'attachement", c'est précisément cette limitation de la subjectivité pure et du potentiel limité de l'Absolu, en un unique objet insignifiant qui se voit comme un "moi" séparé des autres.









LA CONSCIENCE - BASE DE TOUTE LA MANIFESTATION


Maharaj dit aux visiteurs qu'il ne parle que d'un seul sujet : la conscience, ou état Je-suis. Toute question relative à autre chose serait vaine, car il faut que cette conscience soit présente avant que quoi que ce soit puisse être. Si je ne suis pas (conscient), dit-il, le monde n'est pas - comme dans le sommeil profond. Le monde n'existe pour moi que lorsque je suis conscient.

(...)La relation entre le corps physique et la conscience, dit Maharaj, doit être clairement perçue. La conscience ne peut être consciente d'elle-même que tant qu'elle se manifeste dans une forme manifestée, un corps - que ce soit celui d'un insecte, d'un ver de terre, d'un animal, ou d'un être humain. Sans corps, dans son état d'Absolu, la conscience n'est pas consciente d'elle-même. Sans conscience, le corps n'est qu'un matériau inerte. Le corps, par conséquent, est la nourriture qui entretient la conscience et l'instrument par lequel elle fonctionne. En fait, dit Maharaj, la conscience est la "nature", ou "identité", ou "essence" du corps physique, comme la douceur est l'essence du sucre.


Une fois que nous avons compris cette relation intime entre le corps et la conscience, Maharaj nous demande de découvrir la source de ce corps-conscience. Comment est-il apparu ? La source du corps humain est la semence mâle ensemencée dans l'ovule de la matrice féminine; et au moment de la conception, la conscience se trouve à l'état latent. C'est cela - la semence mâle fécondée renfermant la conscience latente - qui se développe dans le sein maternel, est délivré le moment venu sous la forme d'un bébé, devient un enfant et croît tout au long de sa plage de vie.
Quelle est la force qui sous-tend cette croissance naturelle ? Rien d'autre que la conscience latente dans la semence mâle, cette dernière étant elle-même l'essence de la nourriture consommée par les parents. Il devrait donc être clair, dit Maharaj, que la conscience est la nature même du corps physique (comme la douceur est la nature du sucre), et que le corps physique est constitué et entretenu par la nourriture, elle-même l'essence des cinq éléments.



Dans ce processus naturel spontané, l'individu, en tant que tel, n'a aucune valeur. Le corps individuel est constitué de nourriture, et la conscience est universelle, présente en toute choses. Comment l'individu pourrait-il donc prétendre à une existence séparée, ou bien se dire attaché et demander la libération pour lui-même?


Le moindre individu a-t-il été consulté à propos de sa "naissance" et des parents qui lui sont échus ? Le "moi" le "mien" ne sont apparus qu'après la naissance, laquelle constitue nettement le produit d'un processus naturel dans lequel ni les parents, ni le nouveau-né, n'ont eu le moindre choix. En d'autres termes, souligne Maharaj, le corps-avec-conscience est un dispositif spontanément créé à partir des cinq éléments(espace, air, feu, eau ,terre). Ce dispositif croît au fil de sa plage de vie puis"meurt" - c'est-à-dire, retourne aux cinq éléments, et la conscience qui était circonscrite dans le corps est libérée pour de nouveau fusionner dans la Conscience Impersonnelle.

Maintenant, demande Maharaj, dans ce processus naturel de création et de destruction d'un dispositif manifesté, où est-il question d'un "vous" ? Vous n'avez jamais pris part à la création de ce dispositif que "vous" êtes censé être. Vos parents vous ont dit que vous étiez "né" et que ce corps-là était "vous". Mais vous n'avez en fait aucune expérience réelle de cette "naissance". Ce qui est né, c'est un dispositif manifesté, un appareil psychosomatique qui est animé par la conscience. En l'absence de la conscience, non seulement ce dispositif-corps n'est d'aucune utilité, mais il faut l'éliminer le plus rapidement possible.

Qui donc êtes-"vous" ? Vous êtes, dit Maharaj, ce que vous étiez avant que le corps-avec-conscience ne vienne à l'existence, vous êtes ce que vous étiez" il y a une centaine d'années"!



Qui donc agit dans le monde sous la forme du corps? A cela, Maharaj répond : Tout, dans la manifestation, est la conscience; c'est la conscience qui agit au travers des millions de corps, conformément à la nature innée de ce qui compose chaque corps. Il existe des milliards de formes psychosomatiques mais aucune n'est à tous égards, exactement semblable à une autre.

(...)La conscience agit au travers des corps physiques, chacun doté d'une nature et d'un tempérament qui lui sont propres, fondés en partie sur sa constitution physique et en partie sur le conditionnement reçu. Si cela est clairement compris, il devrait aussi être claire comme de l'eau de roche qu'aucun individu ne détient l'autonomie d'une action individuelle. Mais l'individu, dans son ignorance, est convaincu que c'est lui qui agit; il "prend livraison", comme dit Maharaj, des actions qui ont lieu, il s'emprisonne lui-même dans un attachement illusoire, et éprouve de la souffrance et du plaisir. Voilà comment apparaît "l'attachement".


L'homme se considère comme une créature spéciale, différente de tout le reste de la création; mais - et Maharaj tient à ce que nous comprenions parfaitement cela - en ce qui concerne les ingrédients de la constitution physique, il n'existe aucune différence entre les divers types de créatures douées de perception. Seul le processus de création diffère.








NATURE DE LA CONSCIENCE ET DE LA MANIFESTATION



L'assujettissement de l'être humain à son corps , et donc sa notion de constituer une entité séparée, est entièrement dû au conditionnement reçu de ses parents, de ses aînés et de son entourage en général, qui dès les premiers instants où il peut comprendre, lui disent qu'il est ce corps particulier, répondant à tel ou tel nom. Très rapidement, il est convaincu sans l'ombre d'un doute qu'il est ce corps doté à la fois de la force de vie du souffle, inspirant et expirant continuellement, et de la conscience ou faculté de perception qui va et vient au gré des états de veille et de sommeil.
En réalité, la seule chose qui se soit produite est la suivante : l'Absolu s'est objectivé en des millions de formes ( y compris les formes humaines), sous la forme de phénomènes constituant la manifestation totale et son fonctionnement; ces objets phénoménaux sont sans cesse créés et détruits dans le processus de manifestation, et nul ne jouit de la moindre liberté d'action.

Ainsi, ce ne sont pas les divers êtres humains qui possèdent chacun la conscience, mais la Conscience qui détient les millions de formes au travers desquelles le sans-forme peut s'objectiver. S'il y a une compréhension claire et une conviction profonde de ce processus d'apparition et disparition continues de la manifestation, la conscience est alors vue sous une tout autre lumière. Alors on voit la conscience en action, c'est-à-dire les phénomènes, comme les instruments périssables permettant la manifestation - étant entendu, naturellement, que la manifestation n'est pas différente de l' Absolu non- manifesté, seul et unique sujet, mais seulement son aspect objectif.


Ceci nous amène à la raison qui fait dire à Maharaj que la conscience est "soumise au temps".
La Conscience a besoin d'une forme physique dans laquelle se manifester, et la conscience manifestée dans cette forme ne peut durer que le temps de cette forme physique. La forme physique est constituée, entretenue et alimentée par la nourriture, qui n'est autre que l'essence des cinq éléments ( les sécrétions vitales des parents à l'origine de la conception dans la matrice sont elle-même l'essence de la nourriture consommée par les parents). Lorsque la forme physique "meurt" le souffle quitte le corps et se mêle à l'air ambiant, et la conscience quitte le corps et fusionne avec la conscience absolue. Ainsi, la conscience résidant dans le corps est dans chaque cas limitée, pour sa manifestation, à la plage de vie impartie à chaque forme physique: elle est donc bien soumise au temps.

Nous pourrions récapituler cela de la façon suivante:
1.L'être humain considère la conscience(avec un "c" minuscule) comme faisant partie de l'équipement que contient son corps depuis sa naissance. A ce stade, Maharaj fait remarquer à son interlocuteur que son existence même repose sur cette conscience résidant dans son corps. S'il était né sans cette conscience,"il" aurait été jeté et détruit comme un vulgaire déchet. Par conséquent, dit Maharaj, comprenez que cette conscience est la seule "source" qui peut vous aider à saisir votre vraie nature.
2.Ensuite, Maharaj le secoue de la suffisance avec laquelle il considère la conscience comme sa propriété personnelle : ce n'est pas lui en tant qu' individu qui possède la conscience, mais c'est dans la Conscience ( avec un "c" majuscule) - l'aspect objectif manifesté de l'Absolu sans forme - qu'apparaît l'univers tout entier, y compris les millions d'êtres humains; il (l'interlocuteur) ne représente donc qu'une infime part de la manifestation totale, de ce jeux qui n'est qu'une illusion.
3.Si cela est clairement compris, on verra aussi que tant qu'existe le corps, nous ne sommes pas le corps périssable, le dispositif psychosomatique nécessaire à la manifestation, mais la conscience motrice qui donne la faculté de perception au dispositif physique. Cependant, une fois que le corps "meurt", et que la conscience manifestée quitte le corps et rejoint la conscience absolue, nous sommes la Conscience au repos - l'Être Absolu.



IDENTITE FONCIERE

(...)Peut-être est-il nécessaire de répéter ici que la conscience est la manifestation et que la manifestation réside dans la dualité, mais que cette dualité est créée au sein de l'unicité de l'Absolu. La totalité de la manifestation n'est pas une chose projetée par la conscience l'orsqu'elle se met en mouvement; les divers objets constituant la manifestation n'ont aucune substance ou nature propre - autre que la conscience qui elle-même est le Percevoir et le Connaître des phénomènes. Le fait est que toute la manifestation, tous les phénomènes, sont des apparitions dans la conscience, perçues dans la conscience, et connues par la conscience via l'interprétation qu'en fait l'esprit. Si ce fait est clairement perçu et compris, on réalisera alors que la conscience est à la fois le fonctionnement qui a lieu et le percevoir du fonctionnement - et que nous( non pas nous-individu mais le "Je" éternel)sommes ce percevoir.

La conscience en action ne peut- être différente de la Conscience au repos, Être Absolu constituant la totalité de tout le potentiel. En d'autres termes, la Conscience-manifestation est l'aspect objectif de l'Être subjectif.
Qand la Conscience se met en mouvement et entre en action, l'activité de la manifestation et le fonctionnement ne peuvent prendre place que dans un état de dualité apparente. "L'espace" constitue l'aspect statique du concept du fonctionnement : sans l'espace, aucun phénomène ne pourrait être conçu dans son volume en trois dimensions. Et le "temps"(la durée) en constitue l'aspect actif: sans durée, les phénomènes conçus dans l'espace ne seraient pas perceptibles. Il ne peut y avoir ni manifestation ni fonctionnement( ni êtres humains ni événements) en l'absence du double concept de l'espace et du temps, appelé "espace-temps"; et ces deux aspect ne sont séparés qu'en tant que concept - lorsque cesse la conceptualisation ils perdent leur caractère séparé. Dans le sommeil profond, par exemple, l'espace et le temps disparaissent tous deux et avec eux, toute la manifestation, car la dualité ne peut exister que dans la conceptualisation. Que la pensée s'arrête, et toute dualité disparaît.

Les phénomènes, autrement dit, ne peuvent se concevoir sans le sans-forme, ni le sans-forme sans les phénomènes.(La notion même de l'Absolu sans forme se situe, bien évidemment, dans le champ de la dualité de la conceptualisation.) Quand cesse la conceptualisation, toute dualité prend fin. Quand cesse la conceptualisation, il n'existe plus ni phénomènes ni sans-forme, car ce qui demeure est la subjectivité pure - aucune expérience d'aucune sorte, ni personne pour réclamer une quelconque expérience! Pour résumer, toutes les contreparties interreliées sont inéluctablement séparées en tant que concepts et sinon, foncièrement indivisibles.



LE JEU DE L'UNICITE DANS LA DUALITE

Si le sans-forme désir se voir - naturellement, nous sommes ici dans le domaine de la conceptualisation - il ne peut le faire sans s'objectiver sous la forme de phénomènes. Le sans-forme, subjectivité pure, ne peut se connaître en tant que sans-forme. La manifestation, par conséquent, n'est pas une chose venue de l'extérieur, "projetée" par l'Absolu, mais une objectivation sous la forme d'une manifestation sur et en lui-même.
Quand, sur l'Absolu, la conscience se met en mouvement pour venir à l'existence et qu'apparaît le sentiment de présence - Je suis - le sentiment de dualité jaillit simultanément : celui qui connaît et ce qui est connu, celui qui éprouve et la chose éprouvée. Mais la dualité n'est qu'apparente et non-réelle, car l'unicité essentielle ne peut être dichotomisée. Les deux aspects - la Conscience au repos (Absolu) et la conscience en action (manifestation) - ne peuvent ni se séparer ni se réunir, car ce double aspect n'existe qu'en tant que concept. Shiva ( l'Absolu) existe dans la mise en mouvement de la Conscience car cette activité n'a d'autre source que Shiva; et l'activité elle-même - la manifestation et le fonctionnement - prend place sur et en Shiva (l'Absolu). La dualité n'est qu'une illusion, un concept qui n'affecte pas, et ne peut pas affecter, l'unicité de l'Absolu. N'oublions pas que la création conceptuelle de l'univers n'est que " l' enfant d'une femme stérile"! Si la dualité était réelle,chacune des deux partie posséderait une nature en propre, différente de celle de l'autre. Par conséquent, l'apparition et la disparition de la dualité apparente sont toutes deux une illusion qui se poursuit sans discontinuer d'instant en instant, sans intervalle. l'identité foncière est innée.