samedi 27 novembre 2010

La mort n'est pas le contraire de la joie (Jean Bouchart d'Orval)


On fait tout un plat de la tristesse . Pourquoi ? Parce qu'on a le concept que c'est le contraire de la joie, alors qu'il n'en est rien. Rien n'est le contraire de la joie. Je parle de la joie, non de cette apparence de joie, celle qui est inconditionnelle : lorsque le corps est en santé, quand les murs sont droits et que tout va bien. Aucune des modalités de la vie n'est le contraire de la joie. La tristesse est une de ces modalités de la joie. Mais si on dit cela à la télé, on se fera lapider par les honnêtes gens.

Voyez tout ce que la tristesse a inspiré en termes de musique et de littérature. Les artistes ont exprimé la beauté de la tristesse. Mais cette beauté ne demande pas à être exprimée absolument. Ce qui est beau dans la tristesse, ce n'est pas l'histoire qui en est le prétexte - quand il y en a une - , c'est la beauté elle-même, c'est le courant. On ne perçoit pas cette beauté quand on est pris à la surface de l'histoire.


La mort n'est pas contraire à la joie. Quand les gens meurent, on est généralement triste et quand il y a une naissance, on est très heureux; entre les deux, on n'écoute personne. La tristesse est un fait de la vie. Si on ne vit pas de façon conceptuelle, on demeure dans le ressenti. Ce que j'appelle tristesse, c'est un mot à peine plus long que le mot fauteuil et plus court que le mot automobile. Qu'y a-t-il derrière ce mot ? Il y a un ensemble de sensations telles que vous les sentez vous-même. Que se passe-t-il si vous demeurez dans ce ressenti ? Il va grandir un peu, prendre de l'expansion et se résorber. Et voilà. C'est cela la tristesse. S'il vient des images avec cela, vous les regardez aussi, sans commentaire.


Mais la plupart du temps on pense : "Je suis triste." Il y a un "Je" qui revendique la tristesse, qui se l'accapare grossièrement. On quitte alors le monde réel pour entrer dans l'imaginaire, dans le virtuel. "Je suis triste. Je ne devrais pas être triste." On a alors un problème avec la tristesse. On a aussi un problème avec la colère, avec la jalousie, avec la culpabilité. Bref, on a des problèmes chroniques avec la vie. C'est à cause des commentaires. Sinon, le mur n'est pas droit, sans plus : il n'y a rien d'autre que cela dans la vie. L'existence est remplie de murs penchés. Le problème ce n'est pas le mur, c'est le murmur qui vient avec. Le mur n'appartient à personne, sinon à Dieu. Laissez- le s'inquiéter de son mur.



Jean Bouchart D' Orval