jeudi 2 décembre 2010

Renonçons à l'observateur et à l'éveil (Steven HARISSON)


La méditation est-elle nécessaire?


Le défi de la méditation est connecté avec la dissociation qui se met en place lors du développement de l'observateur (celui qui est vigilant). En général, chez beaucoup de gens, la méditation semble relâcher certaines tentions, mais elle paraît aussi créer un problème plus subtil. Tout d'abord, nous sommes en souffrance. Puis nous méditons, et nous devenons conscient de la souffrance. Cela fait, certainement que l'on se sent mieux. Le mental capture cette conscience, ainsi appelée, et crée un observateur qui se sent mieux du fait qu'il est conscient de la façon dont la vie se déroule. Mais l'observateur n'est pas en contact véritable avec ce déroulement. Il reste en arrière, à une distance de sécurité.

Renonçons à l'observateur et à l'éveil.

Maintenant nous retombons dans l'actualité de notre vie, la souffrance et tout le reste.

De retour, somme toute, là où nous avons commencé et là où nous sommes. Nous ne sommes plus dissociés par le fait de cultiver en nous-mêmes un observateur-éveillé. Nous voilà pluôt pris dans la nasse des faits de la vie, parfois exténuants.

Il y a aussi une tendance à associer le mouvement de nos vies avec les choses que nous faisons, comme s'il y avait une loi de cause à effet. Nous nous asseyons en méditation, et quelque chose se passe. Peut-être l'ouverture est-elle la cause de la méditation, ou peut-être cela est-il sans cause, ou bien, est-ce un effet de synchronicité. Mais le mental a une tendance à structurer, à se souvenir des évenements comme ayant une cause. Il obscurcit ainsi la réalité.


Je pense comprendre ce que vous dites sur les techniques. Mais la paix que j'ai ressentie pendant la méditation est quelque chose dont je n'avais jamais eu l'expérience avant. Comment pouvez-vous simplement rejeter complètement cela ? Pensez-vous que la méditation est utile, peut-être comme moyen de se détendre ? Ma pratique tourne aujourd'hui autour de la décision d'être content de ma souffrance, et même de l'aimer. Vous parlez de la même chose ?


A coup sûr, la méditation a un usage technique. Elle paraît nous détendre, abaisser la pression sanguine, accroître la concentration. Mais je voudrais suggérer que cette méditation n'a aucune utilité pour ce qui est d'une transformation fondamentale. C'est là où toute technologie devient inutile, y compris la méditation ou d'autres techniques psycho spirituelles. En fait la méditation est l'expression d'une recherche ouverte, ce n'est pas un moyen d'atteindre un but.

Si, à ce niveau on ne renonce pas à la méditation en tant que technique, elle devient comme une drogue, et elle génère un état ressenti comme agréable, qui a un intérêt, qui construit une image sociale d'être "spirituel". Nous allons, simplement, répéter le processus méditatif, aller à son plus haut niveau, puis, plus tard, redescendre, et recomencer le cycle. C'est mieux qu'une addiction à la drogue. Mais ce n'est pas vraiment différent sur le fond.

La souffrance et les conflits sont des messagers. L'inconfort se transforme quand la résistance se dissout, et une écoute libre apparaît. Le message émerge, en même temps que la souffrance et le moi résistant s'effacent dans le silence.


Je rigole, et je vais rigoler encore. Je pratique le zen et ma femme dit que je deviens un zombie. Elle a raison. Ce que vous dites a touché un point qui n'avait jamais été touché avant. Je n'avais jamais réalisé combien une personne peut être dure avec elle-même. maintenant je pense que je vais passer plus de temps avec ma femme, au lieu de faire un trajet d'une heure et demie juste pour apprendre un nouveau concept.


Les femmes, général , ont raison.