vendredi 11 février 2011

"...le multiple ne mène que vers l’Un." (Cheikh Khaled Bentounes)






Une société dont les valeurs dominantes et les institutions n’encouragent pas à cultiver les qualités relationnelles et les vertus de l’âme humaine laisse le champ libre à des peurs incontrôlables et à des désirs exacerbés. L’agressivité, la méfiance et les excès en tous genres finissent bientôt par être les seuls guides de la conduite humaine. La publicité, la télévision, les films et de nombreux aspects de l’éducation actuelle ne font qu’amplifier ce phénomène en poussant les jeunes toujours plus loin dans la compétition et la consommation. Cela développe seulement en eux le goût de l’argent et de la célébrité, ainsi que la fascination pour des valeurs éphémères qui auront pour effet, à la longue, de provoquer de grandes frustrations et une uniformisation des modes de vie et de pensée. Car c’est bien là le tour de force magistral des sociétés contemporaines, renforcé par la globalisation économique, que de donner l’illusion d’étendre sans limites les libertés et les droits de chacun tout en mettent simultanément en place une nouvelle forme de servitude à laquelle la plupart des individus adhèrent, faute de modèle sociétal alternatif, en suivant des normes de plus en plus standardisées, restrictives et complexes.

Aussi assistons-nous parfois à des réactions violentes et soudaines contre les institutions et ceux qui les représentent, à des crises identitaires et mystiques, qui ont toutes pour point commun le rejet du monde. L’individu se persuade qu’il vit dans un monde d’adversité et d’hostilité où il se sent incompris et seul contre tous, sans s’apercevoir que son désir d’émancipation à l’égard des contraintes normatives est lui-même alimenté par toutes sortes de peurs, fabriquées artificiellement et entretenues avec complaisance par les médias, les représentants de l’autorité ou encore par les organismes internationaux.
Il se laisse piéger, à son insu, par la multiplicité des réalités de ce monde qui le pousse à mener une vie frénétique et dispersée. Mais en réalité, un tel comportement traduit intérieurement une véritable détresse à laquelle il pense pouvoir échapper en ayant recours à la violence !

Or la seule et véritable révolte possible contre la condition actuelle de l’homme semble ne pouvoir passer que par une révolte silencieuse et intérieure, capable de l’affranchir des contraintes normatives en devenant le témoin et le garant de l’existence d’une noblesse d’âme, et pourquoi pas d’une « chevalerie spirituelle » ! S’il fut un temps où les chefs de gouvernement exhortaient les peuples à s’enrichir, peut-être viendra-t-il un temps où ils les exhorteront à ennoblir leur âme !

C’est justement par l’éveil de la conscience que peut s’opérer cette conversion spirituelle, aussi bien à l’échelle individuelle que collective, pour nous libérer de l’emprise dissolvante de la multiplicité. Si nous vivons effectivement dans un monde où règne la multiplicité de langues, de savoirs, de connaissances et de richesses, celle-ci ne nous empêchera pas de donner du sens à notre existence dès lors que nous apprendrons à le rattacher à son principe d’unicité grâce à une éducation spirituelle.
Celui qui s’est efforcé de nourrir sa conscience au cours de son éducation va s’apercevoir que le multiple ne mène que vers l’Un. Les six milliards d’êtres se résument à un seul : Adam. Et qui est Adam ? C’est lui-même. Et lui-même, c’est Lui, l’Ineffable !

Cette fuite et ce rejet du monde nous amène forcément à militer dans un parti, à adhérer à une secte, à avoir une religion ou à appartenir à une communauté. C’est toujours « moi contre les autres », ou « moi avec certains, contre les autres ». Cette opposition est l’illusion dans laquelle nous tombons tous. Et c’est somme toute normal. Pourtant, nous devons toujours garder à l’esprit qu’il existe un lien subtil entre tous les êtres ! Même lorsque certaines rencontres nous réservent des surprise et peuvent paraître fortuites, un regard plus attentif aux liens cachés qui nous unissent nous donne bientôt le pressentiment que nous ne sommes pas là par hasard et que nous ne faisons jamais que vivre des événements qui ont déjà été, en quelque sorte, écrit par avance.

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"La maladie est en toi, et tu ne vois rien.
Le remède ne peut venir que de toi, et tu n'en sais rien.
Tu crois que tu n'es rien de plus qu'un corps minuscule,
Alors qu'en toi se trouve le Macrocosme avec une majuscule."

(Cité par chekh al-'Alâwî,
. Traité de soufisme)