mardi 8 mars 2011

Il n’y a rien à faire, seulement à comprendre. (Franck Terreaux)



Relaxez-vous...


On s’imagine que l’éveil est quelque chose que l’on va « atteindre » en se soumettant à une pratique, exactement comme on pratiquerait le piano, le violon, ou le tennis.
Ce qui est extrêmement important de comprendre, c’est que dans cette merveilleuse aventure, il n’y a pas à partir d’un point B, que l’on pourrait appeler « existence », pour revenir à un point A, que l’on appellerait « être », car en vérité il n’y a toujours eu que l’être, il n’y a toujours eu que « Suis ». Il n’y a pas à aller vers, il n’y a pas de chemin à emprunter. Seulement depuis l’aube de notre quatrième anniversaire, quelque chose nous a donné l’impression qu’il y avait une existence au sein de l’être, mais il ne s’agit évidemment que d’une impression. B, l’existence, n’existe pas en tant qu’entité, mais en tant qu’expression de A, l’être mis en forme. Il n’y a rien à pratiquer puisque ce que nous cherchons, nous le sommes déjà. Il n’y a que la vie, sans vie à l’intérieur de la vie. Tout est « Suis », il n’y a que « Suis », et tout arrive en « Suis ».

Il n’y a pas à faire, mais seulement à comprendre.
Abdiquer totalement, mais sans volonté d’abdiquer, car s’il y a abdication, c’est parce qu’il nous est totalement impossible de faire autrement. Lorsque le fruit est mûr, il se détache de la branche, ni la branche ni le fruit ne font quoi que ce soit, c’est la maturité qui amène le fruit au bord du détachement, c’est alors qu’il tombe entraîné par son propre poids. C’est en parvenant à cette compréhension, à ce nulle part qu’est compris ce qui doit être compris, il ne nous reste plus alors qu’a vivre cette compréhension, ou plutôt de la laisser vivre.
Ainsi ce qui l’avait en quelque sorte formulé fini par se noyer dans la compréhension, c’est ce que Jean Klein appelait « Être compréhension ». « Tu » n’est que compréhension, il n’y a que compréhension, et comme il n’y a plus rien à comprendre, il n’y a plus rien à faire, et quand il n’y a plus rien à faire, il ne se passe plus rien, et si l’éveil dé-survient, c’est justement parce qu’il se passe moins de choses que s’il ne se passait rien.
Le « avant » le « juste avant » en est la clef de voûte, de ce fait elle doit donc être présente dès le début.

Avant toute chose, le chercheur doit disparaître. Pour ça il faut pouvoir, au travers du ressenti, démontrer à l’intellect l’inutilité de toute recherche, jusqu’au point qu’il en soit absolument convaincu, non pas comme une idée mais comme une certitude absolue. Mais cette démonstartion ne peut se faire qu’à une seule condition : que se qui doit être ressenti soit ressenti, sans que l’intellect vienne y fourrer son nez. C’est seulement le ressenti qui doit parler, et c'est uniquement à cette condition que l'intellect peut être informé, car il est absolument capital qu'il soit informé.
Tant qu'il est là, le ressenti est inopérant, tant qu'il est là, il y a du FAIRE, et tant qu'il y a du FAIRE, rien ne peut dé-survenir. Le chercheur c'est l'intellect, c'est lui qui doit abdiquer, non pas en l'empêchant de penser comme demande de le faire tous ces ânes de la spiritualité, mais en l'amenant à la conviction que quoi qu'il fasse, cela créera inévitablement un obstacle. Autrement dit, là où il n'y a plus de chercheur, il n'y a plus de recherche. La recherche fait obstacle, seulement la recherche, mais pas le questionnement.

En lisant les entretiens de Ramana Maharshi, il y est pourtant stipulé noir sur blanc qu'il faut supprimer les pensées avec courage et détermination. Ce que je te dis là je ne l'invente pas, je l'ai lu, c'est écris noir sur blanc.

Il y est aussi écrit noir sur blanc "Reste tranquille". D'ailleurs je ne vois pas comment l'acte de se forcer à supprimer les pensées ait un quelconque rapport avec le fait de rester tranquille ?
Ce n'était certainement pas dans ce sens-là qu'il a voulu le dire.
Les paroles de Ramana Maharshi comme celles de beaucoup d'autres d'ailleurs ont été recueillies lors d'entretiens qu'il avait avec des personnes qui lui rendaient visite. Quelqu'un était là pour les annoter, et à partir de là on en ressortait un texte qu'il fallait traduire en anglais avant de  le traduire en français. Mais l'englais qui traduisait ses propos provenait d'un anglais mijoté à la sauce victorienne, si bien que ce qu'il en reste aujourd'hui peut effectivement se trouver en totale contradiction avec ce que l’auteur a voulu dire. Sans vouloir me montrer provocateur, certes pas, je dirai que Ramana Maharshi c’est « Reste tranquille », cette phrase si simple, si belle, qui heureusement est passée au travers des balles.
Quant au reste, faute de mauvaise traductions, c’est de la littérature qui justement t’empêche de rester tranquille.

Si je te dis que contrairement à ce que tu crois, « tu es, toujours, ici, maintenant », que même si tu ne le voulais pas, il te serait impossible de ne pas être. Le sachant, tu vas tout de même chercher le moyen d’y accéder. Pourquoi ? parce que tu n’en es pas tout à fait sûr, car dans le fond ce serait beaucoup trop simple que de se contenter de le savoir. Tu vas donc chercher un moyen, même si celui-ci consiste à éliminer l’idée de ne pas être. Seulement, tant que tu chercheras le moyen d’y parvenir tu resteras toujours en exil car c’est la recherche qui t’exile en t’éloignant inexorablement de ce que tu es. L’intellect méditant doit donc parvenir à l’ultime conviction qu’il n’y a strictement aucun effort à faire pour être.
Si tu te pose la question : C’est quoi d’être là tout simplement ? » et qu’à ce moment-là tu laisse seulement le ressenti parler, sans intervenir, sans vouloir faire ou être quoi que ce soit. Alors cette réponse, ce n’est pas toi qui vas la chercher dans l’usine à penser qui te sert de tête.
Bien au contraire, sans effort, sans absolument aucun effort, elle surgit du tréfonds de ce que
« tu » es, sans que la pensée ou qu’un quelconque acte méditatif ne participe d’aucune façon.

La personne que nous croyons être ne pourra jamais s’éveiller, car elle fait partie intégrante de la manifestation, elle fait partie elle aussi de l’existence. Que cette personne soit présente à soi ou complètement dans la lune, n’y change rien, son attention, qu’elle le veuille ou non, sera toujours dirigée vers quelque chose quelque part.

La vigilance, la méditation c’est du FAIRE, celle-ci dépend toujours d’un quelqu’un qui se dit : maintenant je vais m’assoir et méditer. Cela s’inscrit toujours dans la dualité, faire non faire, autrement dit dans l’existence, dans ce qui est soumis à un début et à une fin.

Il n’y a rien à faire, seulement à comprendre. Et si maintenant nous essayions de comprendre ?

Cette compréhension repose sur une constatation extrêmement simple :

Si j’essaye de ne pas être,
Je me rends compte
Qu’il est impossible de ne pas être.
Que même l’acte de méditer apparaît dans l’être,
Et ne change rien au fait que l’ÊTRE,
Lui, était déjà là, et sera toujours là,
Sans le moindre effort.
Là ou il n’y a que 1, le méditant lui, voit 2. Il se voit, lui, en tant que témoin, en tant qu’impression d’existence et en plus il voit l’ÊTRE. En méditant, il veut être l’ÊTRE, alors qu’il n’y a que l’ÊTRE, ou « SUIS », c’est-à-dire CE QUI EST. « Suis » l’être que (tu) EST, est déjà éveillé, il n’y a donc rien ni personne à éveiller. C’est pour cette raison que je dis que lorsque l’éveil dé-survient, il se passe moins de chose que si il ne se passait rien.
Le contenu ne pouvant se substituer au contenant, il n’y a donc rien à faire, il n’y a rien à être non plus puisque sans effort EST déjà ce que tu cherches. Sans effort tu es déjà méditation. Pourquoi ajouter un méditant ? Le méditant c’est l’effort. L’effort, nous en avons besoin pour toutes nos poursuite humaines, pour atteindre tous les buts que nous nous sommes fixé, mais là, c’est tout le contraire, là, c’est précisément l’inverse car, c’est justement l’effort qui fait obstacle, l’effort est l’obstacle suprême. C’est absence d’efforts qui est ÊTRE peut être vécu au beau milieu d’activités puisque c’est dans l’ÊTRE que ça creuse et que ça rebouche, c’est dans l’ÊTRE que ça médite, c’est dans l’ÊTRE que ça veut à tout prix se détendre, lâcher-prise, c’est aussi dans l’ÊTRE que surgissent tout les états, toutes les pensées, à commencer par celles qui s’expriment en ce moment même et qui me font dire tout ceci. Tout ceci baigne dans l’ÊTRE, mais encore une fois, non pas comme des entités séparée, mais comme expression de l’ÊTRE mis en forme. L’ÊTRE ou attention non attentive est pure réceptivité. Il ne fait rien, ne regarde rien, au point qu’il ne sait même pas que le méditant existe.


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