jeudi 19 mai 2011

C’est tellement évident que personne ne s’en préoccupe ! (Cheikh Khaled Bentounes)



L’homme se prend en quelque sorte pour le Créateur alors qu’il n’est qu’une créature dont la destinée est liée à une volonté divine qui le dépasse.




Il n’y a donc rien d’autre que Lui. Ne pas vouloir le reconnaître, c’est se détourner de cette réalité ultime pour vivre comme un mort vivant. Le plus extraordinaire, c’est que nous n’avons même pas à Le chercher puisqu’Il est «  ce qui subsiste par Lui-même » ! Chercher le Vivant est encore une façon de le fuir et de L’éloigner car nous introduisons en nous une dualité. Ce qui retient l’homme de le reconnaître, c’est son orgueil qui se place entre lui et le Réel vrai et qui le maintient dans l’illusion qu’il est le seul maître de son destin. Si nous sommes capables de dépasser notre suffisance, de transcender notre condition humaine, alors tout se révélera sous l’angle du Vivant.

Si le Vivant est immuable et subsistant en toute chose, comment pouvons-nous nous en détourner ? La raison en est que nous vivons dans l’oubli, mais pas n’importe lequel : celui de Dieu !
Lorsque nous sommes dans cet état, nous avons l’impression de créer librement notre existence mais en réalité, nous créons notre propre prison. Nous nous limitons sur tous les plans alors que Dieu est pur liberté.
Ce n’est pas en s’imposant toutes sortes de limitations mentales que nous nous rendrons plus proches de Lui. C’est ignorer qu’Il est doué d’une liberté absolue, qu’Il est au-delà de toute limite et forme. Pour comprendre ce que cela signifie véritablement, nous devons apprendre à désapprendre !

Le problème est que nous remplaçons, le Vivant infini et intemporel en nous par  une volonté individuelle limitée et capricieuse prenant sa source dans notre imaginaire, dans nos fantasmes et dans nos croyances.
Réduire l’origine de notre existence à notre petite vie éphémère alors qu’elle émane d’une source remontant au temps primordial donne une idée fausse de ce que nous sommes. L’homme se prend en quelque sorte pour le Créateur alors qu’il n’est qu’une créature dont la destinée est liée à une volonté divine qui le dépasse.
L’ignorance et l’oubli de notre véritable essence nous rendent semblables  à des prisonniers qui auraient troqué leur liberté contre des chaînes invisibles par peur d’avoir à assumer pleinement leur existence. Cette condition que nous partageons pour la plupart d’entre nous ne procure aucune satisfaction ; elle est, au contraire, la source de nos souffrances.

 Pourtant, nous préférons le plus souvent nous complaire dans nos limitations mentales et culturelles que de devoir affronter la perte de nos illusions. Le pire est que nous imposons cette souffrance à l’autre ! Nous aimerions qu’il fasse exactement comme nous, qu’il partage notre prison que nous jugeons parfaite alors qu’elle est exiguë et obscure.
Nous nous demandons alors pourquoi il ne devient pas, comme nous, musulman, juif, chrétien ou bouddhiste. Pourquoi ne se convertit-il pas à notre foi ou à notre croyance puisque, à nos yeux, elle est le garant de notre salut et du paradis dans l’au-delà ? Une telle attitude se révèle être insensée pour celui qui a su se libérer de toutes ses chaînes.

(...) Nous savons, certes, que nous sommes vivants, nous en faisons l’expérience immédiate, mais sans être conscients que nous n’existons que par le Vivant.
C’est tellement évident que personne ne s’en préoccupe ! Un thérapeute doit rappeler le patient à l’essentiel et à l’immédiateté de cette réalité s’il veut l’aider à guérir. Mais il ne peut parvenir à un diagnostic que dans la mesure où le malade est capable de décrire ses maux, alors le remède à lui prescrire sera à la mesure de la maladie. Si nous demeurons dans l’ignorance des troubles qui agitent notre âme, aucun médecin ne sera capable de nous guérir. L’idéal serait de pouvoir arriver par soi-même à diagnostiquer son mal et à trouver en soi le moyen d’y remédier, ce qui nous obligerait fondamentalement à revenir au principe de l’unité de l’être qui est la source de notre équilibre.
Commençons donc par nous éveiller à la présence du Vivant en nous et hors de nous. Montrons-nous plus vigilants à l’égard de cet attribut divin essentiel pour ne pas nous laisser aller et sombrer dans une vie inconsciente.


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