lundi 2 mai 2011

Voilà en vérité ce que nous sommes. (Adyashanti)

Il faut impérativement savoir ce que l’éveil n’est pas, pour cesser de rechercher ses effets secondaires et renoncer à cette quête d’états émotionnels extatiques par la pratique spirituelle.

L’essentiel de ce que l’on nous transmet au sujet de l’éveil donne l’impression d’une publicité pour l’illumination. Les publicités révèlent uniquement les aspects positifs ; il est même possible qu’elles ne soient rien d’autre que des bobards. La propagande pour l’éveil affirme que l’illumination est tout amour tout extase, compassion et union, ainsi qu’une foule d’états merveilleux. Souvent sertie de récits fantasmagoriques, cette propagande nous amène à croire que l’éveil a trait à l’acquisition de miracles et de facultés mystiques. Un boniment courant associe l’illumination à la félicité. On croit dès lors qu’en s’éveillant on atteint l’union avec Dieu et on accède à une extase sans fin. Il s’agit là, bien sûr, d’une méprise grave sur la nature de l’éveil.

Une autre équivoque très répandue au sujet de l'éveil ou de l'illumination l'associe à une forme d'expérience mystique. Nous attendons peut-être à une sorte d'union avec Dieu, à une symbiose avec l'environnement ou à nous fondre dans l'océan. Ce n'est rien de tel. L'éveil n'est pas non plus l'accession soudaine à une myriade d'intuitions cosmiques, des intuitions sur la structure de l'univers, sur les fonctionnements internes de ce que nous concevons comme la réalité. Il est impératif pour chacun de réaliser que l'éveil spirituel diffère absolument des expériences mystiques.

L’éveil s’accompagnera peut-être de félicité, car celle-ci en est un sous-produit, mais ce n’est pas le propre de l’éveil. Tant que nous recherchons ces sous-produits, nous passons à côté de l’expérience authentique. C’est un problème, car nombre de pratiques spirituelles cherchent à reproduire les effets secondaires de l’éveil sans toutefois engendrer l’éveil. La conscience humaine est formidablement malléable, et en s’adonnant à des méthodes, des techniques, des disciplines, il est en effet possible d’accéder à nombre des dérivés de l’éveil – félicité, états d’ouverture, etc. Il est toutefois fréquent d’aboutir uniquement au sous-produit, dépourvu de l’éveil authentique.



 La voie vers l’éveil n’a rien à voir avec les émotions agréables. Au contraire, l’illumination peut s’avérer difficile ou déplaisante. Il est pénible de voir s’effriter ses illusions. Il n’est pas facile de délaisser ces perceptions de longue date. Percer à jour ces illusions qui nous font souffrir pourrait même rencontrer une forte résistance en nous.
Dans son expression la plus simple, la connaissance expérientielle de l'éveil est un changement de perception. Voilà l'essence de l'éveil; une transformation de perception qui passe d'un individu isolé, s'il advenait qu'un tel sentiment d'identité personnel persiste après ce changement, à un être beaucoup plus universel - toute chose, tout le monde et tout partout simultanément.
Cette métamorphose n'est pas révolutionnaire. C'est un peu comme de vous regarder dans la glace le matin et de sentir intuitivement que le visage reflété est le vôtre. l'expérience n'est pas mystique; elle demeure toute simple.
L’éveil spirituel est une souvenance. Il ne s’agit pas de nous transformer ou de nous métamorphoser. C’est la mémoire de ce que nous sommes, tel que nous le savions naguère, un souvenir que nous avions oublié.
L’Esprit universel, ou conscience universelle, s’éveille à lui-même. Au lieu du « moi » qui s’éveille, nous nous éveillons du moi. Notre être véritable s’éveille du chercheur spirituel. Ce que nous sommes s’éveille de la quête.

Il est pratiquement impossible de décrire la nature de la réalité ; on ne peut qu’affirmer qu’elle est au-delà de toutes nos conceptions et qu’elle ne correspond à rien de ce qu’on nous a enseigné. A vrai dire, nous sommes incapables d'imaginer ce que nous sommes. Notre nature se situe littéralement au-delà de tout imaginaire. Ce que nous sommes, c’est ce qui observe – cette conscience qui nous observe tandis que nous prétendons être une personne distincte. Notre nature essentielle goûte invariablement l’ensemble de toute expérience, elle est éveillée à chaque instant, sans exception.
Nous ne sommes ni une chose, ni une personne, ni une entité. Nous sommes ce qui se manifeste sous la forme de toute chose, toute expérience, tout être. Nous sommes ce qui rêve l’univers tout entier et lui accorde ainsi l’existence. L’éveil spirituel ne révèle que ce qui est ineffable et indéfinissable. Voilà en vérité ce que nous sommes.


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