vendredi 7 octobre 2011

La science du Réel (Jean-Lucien JAZARIN)



    "Comprendre vraiment, c’est « être » ce que l’on veut comprendre."



Ceci n’est pas un ouvrage de philosophie, il n’expose aucune croyance et ne désire convertir personne à quoi que ce soit. Il souhaite seulement attirer l’attention sur des faits qui sont évidents mais qu’on ne voit généralement pas. La reconnaissance de ces évidences peut changer complètement notre vision du monde et de nous-mêmes.

Les méthodes scientifiques qui s’appuient, en premier, sur la perception, la constatation et l’observation des faits, ne sont pas des méthodes nouvelles. D’une façon sous-jacente mais omniprésente, l’objectif du vrai, c’est-à-dire de ce qui est réel, est présent dans toute recherche. Sans la rigueur dans l’exigence absolue de ce qui est vrai et réel, aucune science de ce nom n’est possible.
Mais la perception, la constatation, l’observation des faits sont inséparables de leur classement intellectuel, de leur groupement, de leurs relations  et des hypothèses explicatives
qui accompagnent ces investigations. Les méthodes scientifiques ont créé des moyens, des instruments d’investigation et d’observation de plus en plus perfectionnés pour observer les objets que les expérimentateurs désirent connaître. Toute hypothèse formulée n’est valable qu’après stricte vérification expérimentale persévérante et renouvelée aussi souvent et aussi longtemps que c’est nécessaire.

Mais les instruments d’investigation de plus en plus fins, aigus, perfectionnés, ouvrent un champ de plus en plus vaste et subtil à l’expérimentation et à l’observation.
Si bien que, loin de résoudre les énigmes de l’homme et de l’Univers, chaque expérience soulève et propose des énigmes encore plus vastes, des problèmes plus nombreux, des notions de plus en plus subtiles et profondes.
De plus, avec les moyens actuels de recherche, les chercheurs du monde entier forment des équipes plus ou moins solidaires qui doivent ou devraient échanger les résultats de leurs travaux. Les possibilités de communication avec l’électronique, l’audiovisuel, les télétransmissions (ce livre a été écrit à partir de 1976, Ndr) devraient dynamiser et accélérer les recherches. Cela se fait mais trop peu, hélas !

Paradoxalement, l’abondance des observations, des expériences, des hypothèses est telle que fort peu parviennent à chaque chercheur.
Et si de d’aventure elles lui parviennent, le malheureux est écrasé sous une documentation telle qu’il n’a ni le temps ni les possibilités d’en prendre connaissance. Pour pallier ces graves inconvénients, chaque discipline s’est créée pour son usage et ses inters échanges un vocabulaire spécialisé, un jargon, qui est littéralement ésotérique et que seuls les initiés comprennent. Il en résulte une nouvelle Babel scientifique inaccessible à l’immense majorité des hommes moyennement cultivés.
Ces immenses foules d’hommes pourtant intelligents et ayant les lumières suffisantes, celles de « l’honnête homme », se sentent à l’extérieur et comme exclus de ces cénacles.
Ils en conçoivent une admiration sans mesure pour ces « savants » auxquels ils s’en remettent aveuglément pour la connaissance de tout ce qui touche au réel. Mais l’homme, la nature, la terre, la vie sont-ils réellement améliorés par les découvertes scientifiques ?
Les écologistes qui étudient ces vastes problèmes sont atterrés et savent bien que si l’on continue, il n’y aura même pas besoin de bombes atomiques pour détruire la vie qui périra de ses déchets.

Comment en sortir ? Revenir en arrière ? Retourner à des modes de vie antérieurs, se raccrocher aux croyances de nos pères ? Adopter des croyances exotiques ou des religions étrangères ?                            
Pratiquer le remède Pascal : se mettre à genoux et prier en attendant que nos doutes s’apaisent et que la foi éclate dans notre cœur ? Si c’était toujours possible, il y a longtemps que, depuis que les hommes souffrent de vacuité et d’incertitudes, ils auraient appliqué ces cautères.
Hélas ! Ces tentatives ne réussissent pas souvent.
Une « croyance » consiste à accepter et se fier à ce qu’on ignore, comme on ferait un coup de poker. La « croyance » est donc fragile.
L’homme ne peut se contenter de « croire ». Ce dont il a besoin absolument, c’est de « certitude », de certitude absolue. Il ne peut se contenter à moins. Sans certitude, il ne peut trouver ni la force, ni la paix. La certitude, c’est voir, sentir, vivre, penser, réaliser ce qui est vraiment, ce qui est vraiment vrai, ce qui est Réel.
Non ! L’homme ne peut se contenter à moins. Son tourment ne peut fondre que sous l’ardeur, la chaleur et la puissance de la certitude. Mais est-ce possible ? La réponse est oui !

Il existe une science du Réel, une science de l’évidence. Cette science a la même rigueur, la même probité, la même valeur expérimentale que toutes les disciplines scientifiques les plus strictes et avec des méthodes aussi probantes.
L’alternance scientifique : « expérience –hypothèse », utilise toujours des données antérieures. Ces données, qu’on le veuille ou non, sont marquées par des connaissances antécédentes, donc entachées de jugement antérieurs. Pour tout dire, de préjugés. Ils sont, parfois, écartés par l’expérience, mais pas toujours, et l’on pourrait faire un inventaire édifiant de tous les préjugés des plus grandes sommités  scientifiques qui ont paralysé et parfois scandaleusement persécuté les chercheurs de tous ordres.
Dans notre propre démarche nous verrons que la connaissance du Réel, science de l’évidence et de la certitude embrasse un domaine infiniment plus étendu et complet.
Il s’agit, dans la plus large mesure possible, de purger « l’esprit de découverte » de tout préjugé. C’est plus facile à dire qu’à faire, car cela implique une douloureuse remise en question de toutes, et quand nous disons touts, c’est toutes, nos acquisitions intellectuelles, émotives et passionnelles. Cela donc supposé accompli, il convient d’aborder, avec un esprit libre et disponible, de nouvelles façons de voir.

Les sciences ne se préoccupent que  de la connaissance des objets extérieurs aux observateurs. Même lorsqu’il s’agit d’observer l’observateur lui-même, cette observation est effectuée en l’observant non comme sujet, mais comme un objet qu’il n’est pourtant pas.
C’est ainsi qu’une science psychologique moderne ne peut être qu’une science du comportement. En observant le comportement de ce qui est observé, on tente d’en induire la nature du sujet et l’on essaie de le préciser par le recoupement d’expériences multiples. Finalement ces observations, toutes extérieures, ne décrivent que des structures et des mécanismes de perception ou d’expression du sujet, mais ne parviennent jamais ni à le « cerner », ni à le définir, encore moins à le saisir.

C’est pourtant le sujet qui est important. Il est l’Être de l’objet quel qu’il soit : atome, molécule, cellule, végétal, animal, homme, minéral, métal, planète, soleil, étoile ou univers, c’est l’Être de ces objets, c’est-à-dire leur Réalité propre qui est le but final conscient ou inconscient de toute recherche.
Or, l’Être de l’Objet ne peut être atteint ni pénétré au moyen de l’examen extérieur de cet Objet si poussé soit-il.
La méthode extérieure ne peut appréhender que des formes extérieures. Le sujet, le Centre, le Réel au fond des apparences échappent à ces techniques. Si décevantes que soient, à ce point de vue, les recherches scientifiques, les chercheurs persévèrent dans ces méthodes parce qu’ils n’en connaissent pas d’autres. Et pourtant d’autres voies existent.
Depuis des millénaires et plus, des hommes ont étudié, approfondi, appliqué, expérimenté, des techniques de recherche par la voie intérieure. Il s’agissait alors de connaître « ce » par quoi tout le reste peut être connu.
Comme dans toute science, les instruments d’investigation doivent être forgés. Forgé par le sujet, par l’entraînement minutieux des facultés innées de la conscience. C’est donc à une transformation profonde de ses facultés et de leurs mécanismes que le chercheur ici est invité.
Ce n’est plus seulement l’information mais la transformation qui est requise. Sans cette transformation, il n’est pas possible de pénétrer au cœur des choses.
Comprendre vraiment, c’est « être » ce que l’on veut comprendre. L’intellect, la raison suivent et accompagnent ce travail mais s’intègrent finalement dans la Connaissance dont ils ne sont que des instruments.
Ces méthodes intérieures ne sont pas essentiellement difficiles, ni compliquées, car il ne s’agit pas tant d’acquérir quoi que ce soit que d’écarter, par un clair discernement, toutes les obstructions mentales et passionnelles qui étouffent la lumière inhérente au sujet, résidant au cœur des choses.

(…)Cette voie devrait conduire à la liberté intérieure, à la paix intérieure, à la force intérieure et à la profonde dignité de l’homme. Cela n’est possible que par un Réalisme total, une passion inextinguible de la Vérité.
Cela pourra être, enfin, le règne de l’Esprit Sain en ceux qui le voudront. Esprit Sain est écrit ici intentionnellement sans « t » pour éviter toute confusion religieuse. Et après tout un esprit pour être Saint avec un « t » ne doit-il pas être d’abord « sain » ?
L’Esprit Sain donnerait naissance à une civilisation de « l’Être » différente de notre civilisation qui est celle de « l’Avoir ».