mercredi 5 octobre 2011

Maktub (Paulo COELHO)




Le disciple s’approcha de son maître :
« Pendant des années, j’ai cherché l’illumination et je sens que je suis sur le point de la rencontrer.
Je veux savoir quelle est la prochaine étape.
-     -     Comment subvenez-vous à vos besoins ? demanda le maître.
-      -    Je n’ai pas encore appris à subvenir à mes besoins, mon père et ma mère m’entretiennent.
  Mais ce n’est là qu’un détail.
-         La prochaine étape consiste à regarder le soleil pendant une demi-minute », répondit le maître.
Le disciple obéit.
Le maître lui demanda alors de décrire le champ qui les entourait.
« Je ne le vois pas, l’éclat du soleil a troublé ma vision.
-        Un homme qui ne cherche que la lumière et se dérobe à ses responsabilités ne rencontrera jamais l’illumination. Un homme qui garde les yeux fixés sur le soleil finit par devenir aveugle », expliqua le maître.



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Le maître dit :
« Fermez les yeux. Il n’est même pas nécessaire de fermez les yeux, il vous suffit d’imaginer la scène suivante : une bande d’oiseaux en vol.
Bon, maintenant dites-moi, combien d’oiseaux voyez-vous : cinq ? onze ? dix-sept ?
« Quelle que soit la réponse – et il est toujours difficile de donner le nombre exact -, une chose est évidente dans cette petite expérience. Vous pouvez imaginer une bande d’oiseaux, mais leur nombre échappe à votre contrôle. Pourtant, la scène était claire, définie, précise. Quelque part se trouve la réponse à cette question.
« Qui a déterminé le nombre d’oiseaux devant apparaître dans la scène imaginée ? Ce n’est pas vous. »

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Le maître dit :
«  L’esprit de Dieu présent en nous peut être décrit comme un écran de cinéma. Diverses situations y sont présentées : des gens s’aiment, des gens se séparent, on découvre des trésors, on explore des pays lointains.
« Quel que soit le film projeté, l’écran demeure toujours le même. Peu importe que les larmes roulent ou que le sang coule, rien ne peut atteindre la blancheur de la toile.
« Tel l’écran de cinéma, Dieu est là, derrière tous les malheurs et toutes les extases de la vie. Nous Le verrons tous lorsque notre film se terminera. »

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Le maître dit :
« D’une part, nous savons qu’il est important de chercher Dieu. De l’autre, la vie nous éloigne de Lui. Nous nous sentons ignorés par la Divinité, ou bien nous sommes accaparés par notre quotidien. Il en résulte un sentiment de culpabilité : nous pensons soit que nous renonçons  à la vie à cause de Dieu, soit que nous renonçons à Dieu à cause de la vie. Ce conflit apparent est une illusion : Dieu est dans la Vie et la Vie est en Dieu. Il suffit d’en avoir conscience pour mieux comprendre le destin.
Si nous parvenons à pénétrer dans l’harmonie sacrée de notre quotidien, nous serons toujours sur la bonne voie, et nous accomplirons notre tâche. »

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ANTONIO MACHADO dit :
« Coup par coup, pas à pas,
Voyageur, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant.
Le chemin se fait en marchant
Et si l’on regarde en arrière
On voit le sentier que jamais
On ne foulera de nouveau.
Voyageur, il n’est pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant. »