mercredi 29 juin 2011

Un roc d'éternité (Roger GODEL)



Le "réalisme"des choses est là -devant nous- qui nous presse d'agir.Un goût invétéré pour l'action, transmis par la coutume depuis des millénaires, nous impose d'assumer des rôles dans un scénario chargé d'intrigues, de passions, de combats. De combats surtout!
Une foule de désirs brûlant d'être satisfaits, nous incite à porter des masques et à parader dans des costumes qui ne sont pas à nous.

Le Sage regarde en paix l'homme d'action jouer sa pièce. Seulement, dans les coulisses, il lui propose de déposer son personnage et de laisser là tous les masques de rechange pour découvrir la vérité en lui-même derrière l'impermanence des rôles.
Avec la venu de la Sagesse voici que le temps des songes inconscients est aboli -abolie avec eux la multitude sans nombre des temps et des espaces possibles.
Après l'épuisement des expériences exhaustives de la relativité un résidu demeure, inaltérable.
Contre ce roc éternellement irréductible, l'océan des âges est sans pouvoir.
Un roc d'éternité, tel est le socle vierge sur quoi repose la nature réelle de l'homme : centre immuable d'un déploiement d'images, de pensées, de passions, d'agissements dont le flux laisse inaltéré.

C'est en ce lieu où l'action se résout en contemplation, et la contemplation verse en action que le Sage réside. Sa vision est pareille -quant aux silhouettes des choses- à la nôtre. Mais elle est fixée hors des contingences du temps.
Mourir selon lui, c'est recevoir la visitation d'un songe et d'une pensée après tant d'autres -ce songe annonce l'approche d'une frontière temporelle de l'esprit. De même que les contours d'un objet en circonscrivent le volume particulier dans l'espace, semblablement à travers le champ des durées multiples, la naissance et la mort encadrent une séquence de phénomènes.
Mais la conscience d'éternité -suprême invariant du Sage- est affranchie des lois du temps et de l'epace. Sans commencement ni terme, elle repose par sa pointe invisible dans la paix de l'Insondable.

jeudi 23 juin 2011

Le mensonge suicidaire (Douglas Harding)




Si un mensonge a pu opérer de tels miracles, qu'est-ce que la vérité ne ferait pas?










Le mensonge consiste à dire que vous êtes ce que vous paraissez être. Il consiste à penser que ce que vous êtes, ici, au cœur de vous-même ressemble à l'apparence que nous avons de vous. Que là ou vous êtes, se trouve quelque chose de fermé qui exclue toute autre chose, au lieu d'une non-chose qui accueille tout.
Nous pouvons, de notre côté, vérifier que vous êtes une absence de choses en avançant progressivement dans votre direction avec un appareil photo dotée de lentilles de plus en plus puissantes. Nos photographies nous montrent comment vous finissez par disparaître dans l'Espace.

De votre côté, tournez-vous en direction d'une personne près de vous (votre visage dans le miroir fera l'affaire) et vérifiez que vous êtes Espace pour celui-là. Examinez l'évidence présente comme pour la première fois. Observez à quel point la scène présente est face à 'non-face', deux petits yeux face à un 'Œil' immense, des formes colorées face à une absence de formes et de couleurs, une opacité face à une transparence, le son face au silence, le mouvement face à l'immobilité, le conflit face à la paix, le contenu face au contenant... Une éternelle asymétrie, une non-confrontation - pour la première personne du singulier, au temps présent.

Chaque animal et chaque nouveau-né - quelle que soit sa combativité innée - vit de cette manière, inconsciemment, à partir de son Espace, de son état de 'non-chose'.
Seul l'homme trouve moyen de se 'chosifier', de bloquer cet Espace avec un Ceci opposé à un Cela. La confrontation est son jeu de prédilection, la trouvaille géniale, vieille d'un million d'années, à laquelle il doit sa survie, son extraordinaire succès, et tout ce qui lui est cher...
Et tout ce qui, désormais, le terrifie. Car la confrontation, comme d'autres illusions, nous laisse finalement démunis en tant qu'individus, en tant que nations et maintenant en tant qu'espèce. Elle est devenue contre productive. Ses valeurs nous permettant de survivre sont devenues destructrices. Et nous désespérons, ignorant la cause de notre condition, de notre erreur fondamentale, et la manière simple d'y remédier.

Nous ne pourrons retrouver l'essence de ce qui constitue notre humanité qu'en revenant au point ou nous nous sommes trompés: en redécouvrant et en vivant consciemment à partir cette 'absence de chose' que nous sommes - à partir de l'Espace qui (comme un miroir) n'est pas altéré par ce qu'il enregistre et pourtant ne fait qu'un avec son contenu. C'est exactement ce que quelques personnes extraordinaires - des voyants appartenant aux diverses religions ou n'appartenant à aucune - ont fait, depuis 5 000 ans. Et aujourd'hui, enfin, cette vérité salvatrice est démythifiée et évidente, et nous est accessible à nous, gens ordinaire - en nombre suffisant et à temps (nous l'espérons) pour toucher nos dirigeants avant que la Confrontation fictive se termine en un Omnicide bien réel.

Pour nous aider à rompre la profonde habitude consistant à négliger l'Espace que nous sommes - et qui est notre fondation commune - partageons sa vision et participons activement au deuxième (et beaucoup plus réaliste) coup de génie de l'humanité, et à sa nouvelle et beaucoup plus passionnante aventure évolutive.
Si un mensonge a pu opérer de tels miracles, qu'est-ce que la vérité ne ferait pas?



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dimanche 19 juin 2011

Le même endroit qui dit "Je suis". (Selim Aïssel)





Trouve en toi l' endroit qui accepte le réel tel qu'il est. C'est le même endroit qui dit "Je suis". Alors la vie devient réelle. Si tu pense qu'elle ne devrait pas être comme elle est, c'est fini, tu es emprisonné. Penser que tout est exactement comme ce doit être et que maintenant, tu peux le changer, c'est être libre. Une toute petite différence apparemment, mais un monde en réalité : maintenant, les choses sont exactement comme elles doivent être et maintenant, je peux entrer dans le flux de la vie et intervenir. Pour pouvoir faire quelque chose, il suffit d'accepter ce qui est et ce qui a été. Mais si tu refuse quelque chose...

Tu n'es pas responsable, mais tu porte la responsabilité et le poids de tes actes et de tes paroles, et tu devras assumer.
Plus tu es en toi, plus l'autre a de l'espace et plus tu peux être dans une relation saine avec lui.
Tu ne peux vivre le présent que si tu es libéré du passé et tu ne peux créer le futur que si tu es dans le présent.

mercredi 15 juin 2011

Peur de la mort (Michel de Montaigne)



La mort est la condition de votre création : elle fait partie de vous, et en la fuyant, vous vous fuyez vous-mêmes.






Qu’il est sot de nous tourmenter à propos du moment où nous serons dispensés de tourment !
C’est par notre naissance que toutes choses sont nées ; de même la mort fera mourir toutes choses. Il est donc aussi fou de pleurer parce que  nous ne vivrons pas dans cent ans que  de pleurer parce que nous ne vivions pas il y a cent ans. La mort est l’origine d’une autre vie. Il nous en coûta d’entrer en celle-ci et nous en avons pleuré. Car nous avons dû  dépouiller notre ancien voile en y entrant.
Rien ne peut être vraiment pénible si cela n’a lieu qu’une seule fois. Y a-t-il une raison de craindre si longtemps quelque chose qui dure aussi peu ?
Vivre longtemps ou peu de temps, c’est tout un au regard de la mort. Car ni le long ni le court ne peuvent s’appliquer aux choses qui ne sont plus.
(…) La nature d’ailleurs nous y contraint : « Sortez dit-elle, de ce monde, comme vous y êtes entrés. Le passage qui fut le vôtre de la mort à la vie, sans souffrance et sans frayeur, refaites-le de la vie à la mort. Votre mort est l’un des éléments de la l’édifice de l’univers, c’est un élément de la vie du monde. »

Pourquoi changerais-je pour vous ce bel agencement des choses ? La mort est la condition de votre création : elle fait partie de vous, et en la fuyant, vous vous fuyez vous-mêmes. Cette existence dont vous jouissez, appartient également à la mort et à la vie. Le jour de votre naissance est le premier pas sur le chemin qui vous mène à la mort aussi bien qu’à la vie.
Tout ce que vous vivez, vous le dérobez à la vie, c’est à ses dépens. L’ouvrage continuel de votre vie, c’est bâtir la mort. Vous êtes dans la mort pendant que vous êtes en vie, puisque vous êtes au-delà de la mort quand vous n’êtes plus en vie.
Ou, si vous préférez ainsi : vous êtes mort après la vie, mais pendant  la vie même, vous êtes mourant ; et la mort affecte bien plus brutalement le mourant que le mort, plus vivement et plus profondément.

Si vous avez tiré profit de la vie, vous devez en être repu, allez vous-en satisfait.
Si vous n’avez pas su en profiter, si elle vous a été inutile, que peut bien vous faire de l’avoir perdue ? A quoi bon la vouloir encore ?

La vie n’est en elle-même ni bien, ni mal. Le bien et le mal y ont la place que vous leur y donnez.
Et si vous avez vécu ne serait-ce qu’un seul jour, vous avez tout vu : un jour est égal à tous les autres. Il n’y a point d’autre lumière ni d’autre nuit.
Ce soleil, cette lune, les étoiles, cette ordonnance du monde, c’est de cela même que vos aïeux ont joui, et qui s’offrira à vos petits-enfants.
Et de toute façon, la distribution et la variété des actes de ma comédie se présente en une année.
Avez-vous remarqué que le mouvement de mes quatre saisons embrasse l’enfance, l’adolescence, l’âge mûr et la vieillesse du monde ? Quand il a fait son tour, il ne sait rien faire d’autre que recommencer. Il en sera toujours ainsi.

Faites de la place aux autres comme les autres en on fait pour vous. L’égalité est le fondement de l’équité. Qui peut se plaindre d’être inclus dans un tout où tout le monde est inclus ? Vous aurez beau vivre, vous ne réduirez pas le temps durant lequel vous serez mort : cela n’est rien en regard de lui.

La mort est moins à craindre que rien – s’il peut y avoir quelque chose de moins que rien.
Elle ne nous concerne ni mort, ni vivant : vivant, puisque vous existez, et mort puisque vous n’existez plus. Personne ne meurt avant son heure. Le temps que vous abandonnez n’étais pas plus le vôtre que celui d’avant votre naissance : il ne vous concerne pas plus que lui.

Quel que soit le moment où votre vie s’achève, elle y est toute entière. La valeur de la vie ne réside pas dans la durée, mais dans ce qu’on en a fait. Tel a vécu longtemps qui pourtant a peu vécu. Accordez-lui toute votre attention pendant qu’elle est en vous. Que vous ayez assez vécu dépend de votre volonté, pas du nombre de vos années. Pensiez-vous ne jamais arriver là où vous alliez sans cesse ? Il n’est pas de chemin qui n’ait d’issue. Et si la compagnie peut vous aider, le monde ne va-t-il pas du même train que vous ?
Tout ne va-t-il pas du même mouvement que le vôtre ? Y a-t-il quelque chose qui ne vieillisse pas en même temps que vous ? Mille hommes, mille animaux, et mille autre créatures meurent à l’instant même où vous mourrez.

A quio bon reculer devant la mort si vous ne pouvez vous y soustraire ? Vous en avez bien vus qui se sont bien trouvés de mourir, échappant ainsi à de grandes misères. Mais quelqu’un qui n’y ait trouvé son compte, en avez-vous vu ? C’est vraiment d’une grande sottise que de condamner une chose que vous n’avez jamais éprouvée, ni par vous-même, ni par l’entremise d’un autre. Pourquoi te plaindre de moi, et de ta destinée ? Te faisons-nous du tort ? Est-ce à toi de nous gouverner ou à nous de le faire de toi ? Même si ton âge n’a pas atteint son terme, ta vie, elle, est achevée. Un petit homme est un homme complet, comme l’est un grand.

Pourquoi craindre ton dernier jour ? Il ne donne pas plus de sens à ta mort que chacun des autres. Ce n’est pas le dernier pas qui fait cause de lassitude ; il révèle seulement. Tous les jours mènent à la mort : le dernier y parvient.

Je crois, en vérité, que ce sont les mines que nous prenons et les cérémonies effroyables dont nous l’entourons, qui nous font plus de peur qu’elle-même.
Une toute nouvelle façon de vivre, les cris des mères, des femmes et des enfants, la visite de personnes stupéfaites et émues, l’assistance de nombreux valets pâles et éplorés, une chambre obscure, des cierges allumés, notre chevet assiégé par des médecins et des prêcheurs : en somme, effroi et horreur tout autour de nous.
Nous voilà déjà ensevelis et enterrés. Les enfants ont peur même de leurs amis quand ils les voient masqués. De même pour nous. Il faut ôter le masque, aussi bien des choses que des personnes ; quand il sera ôté, nous ne trouverons dessous que cette même mort par laquelle un valet ou une simple chambrière passèrent dernièrement sans peur. Heureuse la mort qui ne laisse le temps d’un tel appareillage !



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