mercredi 29 août 2012

La volonté de Dieu

   
 
Les hommes qui se laissent en Dieu et cherchent seulement sa volonté en tout zèle, quoi que Dieu donne à l’homme, cela est le meilleur ; quant à toi, sois aussi certain de cela que tu l’es de ce que Dieu vit, qu’il faut de nécessité que cela soit le meilleur, et qu’il ne peut y avoir aucun autre mode qui serait meilleur. Que s’il se trouve pourtant que quelque autre chose paraisse meilleure, elle ne te serait pourtant pas aussi bonne, car Dieu veut ce mode et non un autre mode, et ce mode il faut de nécessité qu’il te soit le meilleur mode. Que ce soit maladie ou pauvreté ou faim ou soif ou quoi que ce soit que Dieu t’inflige ou ne t’inflige pas, ou quoi que Dieu te donne ou ne te donne pas, tout cela est pour toi le meilleur ; que ce soit ferveur ou intériorité, que tu n’aies aucune des deux, et quoi que tu aies ou n’aies pas : mets-toi exactement dans cette disposition que tu vises l’honneur de Dieu en toutes choses, et quoi qu’il te fasse alors, c’est là le meilleur.
 Or tu pourrais peut-être dire : comment est-ce que je sais si c’est la volonté de Dieu ou non ?
Sachez-le : si ce n’était volonté de Dieu, ce ne serait pas non plus. Tu n’as ni maladie ni rien de rien que Dieu ne veuille. Et lorsque tu sais que c’est volonté de Dieu, tu devrais avoir en cela tant de plaisir et de satisfaction que tu n’estimerais aucune peine comme peine ; même si cela en venait au plus extrême de la peine, éprouverais-tu la moindre peine ou souffrance, alors ce n’est pas du tout dans l’ordre ; car tu dois le recevoir de Dieu comme ce qu’il y a de meilleur, car il faut de nécessité que ce te soit ce qu’il y a de meilleur. Car l’être de Dieu tient en ce qu’il veut le meilleur. C’est pourquoi je dois le vouloir aussi et aucune chose ne doit m’égarer d’avantage. Si vous aimez Dieu, aucune chose ne pourrait vous être plus plaisante que ce qui lui plairait le mieux et que sa volonté se trouve  accomplie le plus complètement en nous. Si lourds paraissent la peine ou le préjudice, si tu n’as pas en cela aussi grands plaisir, alors ce n’est pas dans l’ordre.
 
Nous crions tous les jours et clamons dans le Pater Noster : « Seigneur, que ta volonté advienne ! » Lorsque ensuite sa volonté advient, nous voulons nous mettre en colère, et sa volonté ne nous satisfait pas. Alors que quoi qu’il fasse cela devrait nous plaire le mieux. Ceux donc qui le reçoivent comme le meilleur demeurent en toutes choses dans une paix totale. Or il vous semble parfois et vous dites : « Ah, serait-ce arrivé autrement que ce serait mieux », ou « Ne serait-ce pas arrivé ainsi que ce serait peut-être arrivé mieux ». Aussi longtemps qu’il te semble de la sorte, jamais tu n’acquerras la paix.

 
 
Maître Eckhart




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