mercredi 8 août 2012

Le sommet de la montagne.




Comme le disait le 16e Karmapa du Tibet sur son lit de mort en 1981 : « Rien ne se passe ».
Nous pouvons faire notre propre expérience à l’instant même. Nous y sommes ! Comment découvrir cette réalité même qui permet aux sages de demeurer imperturbables tandis qu’ils affrontent des expériences qui nous projettent dans la confusion, l’obsession, la colère ou la peur ? Comment demeurer imperturbable et tranquille face aux inévitables défis qui se manifestent dans la vie, tels que revers de fortune, problèmes de santé, perte d’un être cher et finalement, perte de tout ce que nous connaissons au moment de notre mort ?Excellente nouvelle : nous ne manquons de rien pour faire cette découverte. Nous n’avons pas besoin de plus de temps ni d’être autre part ni de recevoir un enseignement de haut niveau ou de nous engager dans une pratique particulière. La seule chose nécessaire est de constater que nous pouvons être, qu’en fait nous sommes, déjà accompli. A cet instant, nous n’avons besoin de rien d’autre. Nous n’avons besoin ni de plus d’argent ni d’un corps différent ni d’un autre conjoint, pas à cet instant précis.
Cet instant, là-maintenant, nous donne tout ce dont nous avons besoin pour seulement être ici ; sans prétention, sans effort, en n’étant « personne » en particulier, et sans nécessité d’être autre part, où que ce soit.
C’est la magie de cet instant. Cet instant est parfait. Pourquoi ? Parce que cet instant nous donne tout ce qui est nécessaire pour être là, de la façon la plus simple mais pourtant la plus totalement épanouissante. A cet instant, nous n’avons pas besoin de distractions, suffisamment de choses se passent. Nous n’avons pas besoins d’une voiture bien voyante, nous ne sommes pas dedans !
A cet instant, nous ne ressentons aucune nécessité de changer de niveau de vie, ou d’obtenir un meilleur retour sur nos investissements, nous sommes vêtus, nourris et à l’aise. Nous avons tout ce dont  nous avons besoin pour reposer en « ce qui est ».
La beauté de cet instant est qu’il est sans effort et sans artifice. La magie de cet instant est qu’il est insaisissable et ineffable. On ne peut dire ce qu’est « cela », cet instant. Il s’en va sans laisser de trace ni d’histoire. A l’instant même où il apparaît, il disparaît. On ne peut dire d’où ça vient ni où ça va. Nous ne pouvons même pas dire « où » cela se trouve, sauf que « cela » est là où ça est, où que ce soit !
Nous ne pouvons pas penser à « cela » parce qu’il n’y a rien à quoi penser. C’est exactement ce que signifient les sages quand ils parlent de « cela » comme étant ineffable.
Et dès lors nous pouvons également  constater que si nous sommes « là » au moment de notre mort, nous ne ressentons aucune peur. Si nous demeurons dans cet état, notre mort est un non-événement. Le processus de la mort n’est rien d’autre qu’un lâcher prise continuel de tout ce qui existe au niveau conditionné : notre corps, nos amis, ce que nous possédons, nos souvenirs et en fait, la totalité du monde connu. Lors de notre mort, nous disons adieu pour toujours à tout ce que nous connaissons et qui ne reviendra jamais.
Si nous sommes là, demeurant dans la conscience inconditionnée, tout peut être abandonné sans saisie ni attachement.

Alors, comment nous y prendre ? Comment rester en lien avec « la conscience présente », pas seulement maintenant mais au milieu de tous les changements qui arrivent dans la vie, qui se produisent au cours d’une journée ordinaire. Comment cultive-t-on cette manière d’être ?
D’une certaine façon, c’est très simple, être « là » suffit, chaque fois que possible.
En ce moment même, nous en avons l’occasion et nous l’utilisons.
Vous êtes en train de lire ce texte et cela vous mène au cœur du « moment présent «, là où rien ne manque.
Vous êtes accompli, exactement là où vous êtes. Et de telles occasions se présenteront encore et encore.
Visiter ce « lieu », y demeurer, permet au « moment présent » de passer au premier plan. Faire cela ne nécessite aucune pratique. Il s’agit plus de reconnaître que de pratiquer. Nous reconnaissons l’instant où il est possible d’être « là », de demeurer dans la conscience intemporelle. Notre capacité à reconnaître ces occasions d’être « là » créé un changement de perspective et avec le temps, le contraste devient clair.

Cette conscience est comme un miroir : elle reflète ce qui se passe, mais n’est pas modifiée par les activités elles-mêmes. Ce n’est pas une « chose », mais c’est pourtant là et nous pouvons reconnaître cette conscience invisible, tels que nous sommes.
Beaucoup de gens n’y ont pas accès, parce que c’est invisible. Nous ne pouvons pas l’entendre, ni y toucher, ni même y penser, c’est pourquoi il est si facile de ne pas y avoir accès. Et pourtant rien n’est plus simple que cela. Rien n’a besoin de changer. Nous n’avons pas à faire quoi que ce soit de différent. Il n’y a aucun travail à faire.
Quand nous lisons ce que les grands sages ont écrit il ya des milliers d’années, nous savons qu’ils ont connus « cela ». Ils étaient là, exactement à cet endroit, reconnaissant cette conscience-là dans leurs écrits et leurs enseignements.

D’une certaine manière, tout ce que nous faisons a pour but ultime d’être là, parce que c’est là que s’arrête le chemin. Il n’y a plus aucun chemin et nulle part où aller plus loin. Le travail est terminé, il a été accompli. Nous avons atteint l’état ultime. Nous demeurons dans cet état qui est le but ultime de toutes les activités humaines, dans tous les domaines. Depuis mener une guerre jusqu’à démarrer une relation, en passant par essayer de gagner des milliards de dollars, quoi que nous fassions, notre seul but est d’être là. Tout s’oriente vers cet état où la partie est terminée, où nous pouvons vraiment et profondément dire que tout est accompli.
Et c’est là que nous sommes, à cet instant, là, maintenant. Nous sommes au sommet de la montagne. Il n’y a nulle part où aller plus loin.  Et ce qui est vraiment incroyable, c’est qu’il ne s’agit même pas d’un accomplissement. Nous pouvons dire ce que c’est, mais on n’en ressent pas le besoin.




Peter Fenner



                                     
               Source: 3e Millénaire n°  104   été/ 2012 :